Article de Thomas GHILONI paru dans le journal Sud-Ouest le 04/08/2016.

Qu'ont en commun Mick Jagger, la Reine Élizabeth II, François Mitterrand, Le Roi Albert II de Belgique , Valéry Giscard d'Estaing, L'Archiduc de Habsbourg, Lucien Freud, Botero, Margaret Thatcher ou encore les Agnelli et les Rothschild ? A priori rien. Et pourtant, ils ont tous dégusté les mets de Bruno Conchin. Rien ne prédestinait ce cuisinier formé sur le tas - qui « à 26 ans avait horreur de la cuisine », comme il l'avoue - à une vie passer derrière les fourneaux à cuisiner pour les plus grands. Rochelais depuis 2008, c'est pour raconter ce parcours peu commun que Bruno Conchin, 55 ans, a écrit son livre. Un défi pour celui qui n'a pour seul diplôme qu'un brevet en pâtisserie.

Ambassades et château

C'est pourtant avec ce seul bagage que cet homme, alors âgé de 26 ans, décide de répondre à une annonce pour un emploi de cuistot à Londres. Une manière de s'émanciper et de quitter une vie difficile et sans grand avenir, selon lui, en France. À force de travail, il évolue, petit à petit, tant professionnellement que dans sa vie privée.

Après avoir préparé un repas test en guise d'entretien d'embauche, il devient second de cuisine à l'ambassade de France, puis chef de cuisine. Son parcours se poursuit à l'ambassade de Belgique, jusqu'à travailler exclusivement au service d'un duc dans le château de Badminton. Un poste qui lui permettra de côtoyer les plus grands de ce monde, dont la Reine Élizabeth II. Un grand moment de sa carrière. « Cuisiner pour elle et dormir à quelques mètres de sa chambre, c'est une chance incroyable », admet-il. Il dit même avoir reçu un courrier de Buckingham Palace affirmant que la reine Élizabeth II avait apprécié son repas.

Des anecdotes similaires, il en connaît beaucoup. Il en cite quelques-unes dans son autobiographie. Quand il croisait Hugh Grant dans les jardins du château, invité pour un golf, ou encore quand, lors d'un repas, une émanation gastrique au bruit peu flatteur a rappelé brutalement Madame la Duchesse à sa condition humaine. Le Duc, en parfait gentleman, a fait porter le chapeau au chien… Mais point de détails plus croustillants sur les dessous du pouvoir et de la richesse, Bruno Conchin est avant tout tenu à une certaine discrétion. Plus que de raconter son histoire, c'est avant tout une leçon de vie que l'auteur souhaite partager, en particulier avec les plus jeunes.

Au-delà des appréhensions

« Même si on n'a pas de diplômes et que l'on a des appréhensions, il faut savoir aller au-delà […] En Angleterre, il n'y a pas ces barrières comme en France […] Même si vous n'avez pas de diplômes mais que vous avez la passion, en Angleterre on vous donnera votre chance », explique-t-il. Les voyages, et ce peu importe le pays, forment la jeunesse, selon Bruno Conchin.

Tout n'est pourtant pas rose tous les jours. « Les cinq-six premières années, je faisais beaucoup d'heures et je ne gagnais presque rien », se souvient-il. Des sacrifices qu'il faut être prêt à faire en s'exilant. « Celui qui pense partir à l'étranger et ne faire que 35 heures et rentrer chez lui, ce n'est pas la peine qu'il parte… » Un travail qui peut payer, Bruno Conchin a été distingué trois fois.

Et c'est finalement à 48 ans que l'appel du pays a repris le dessus. Son « point de chute » sera finalement La Rochelle. « Je cherchais une ville qui bouge et où il y a des échanges. » Une visite rochelaise sous la pluie l'aura finalement convaincu. « J'ai eu un vrai coup de foudre. »

Pourtant l'ouverture d'esprit anglaise lui manque par moments. Serait-il prêt à s'expatrier de nouveau ? « J'ai des fourmis pour repartir mais j'adore La Rochelle maintenant… »

                        INTERVIEW - SALON LITTÉRAIRE DE PESSAC

                                              LES MÉDIAS EN PARLENT :

Bruno CONCHIN

Photographe : Xavier Leoty

                                                                                       

                             

       La Rochelle : le journal. n°115, nov. 2016. Texte : K. Delarge. Photo : J. Chauvet.

LE JOURNAL DU SUD-OUEST

AU SERVICE SECRET CULINAIRE DE CES MAJESTES

Les plus grands ont dégusté ses plats. Parti de rien, ce Rochelais,

ancien expatrié, retrace sa vie dans un livre.

L

                                                                                       

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